19 mars 2006

Un petit pas pour n'importe qui d'autre

Je me suis toujours dit que le jour où je réussirai à mettre un bâton dans les roues de ma routine sans broncher, je pourrai commencer à croire qu'Ana s'en va. Définitiviment. Ma structure résiste encore et protège jalousement sa rigidité. Petit à petit, par contre, je me risque à emprunter des détours imprévus et à m'aventurer sur le fameux terrain glissant: les aliments unsafe, ou insécurisants (aliments associés à différentes émotions ou  éléments psychologiques négatifs. Aliments qui, bien entendu, diffèrent d'une personne à l'autre. Personnellement, je n'ai mangé ni pain ni féculent, entre autres, pendant plus d'un an, et j'ai éprouvé beaucoup de difficulté à les réintégrer. Pour ma grande copine, ce sont le fromage et le chocolat qui lui ont fait faire le plus de cauchemars). Dernièrement, je les apprivoise, ma foi, assez bien, quoique le trouble me les rappelle parfois au fil de la journée. Je n'agis plus en fonction des propos d'Ana, mais sa présence continue de me tourmenter à l'occasion.

Je l'ai dit à mon médecin: c'est pas parfait. Avec la bouffe, c'est pas une histoire d'amour au beau fixe, malgré les apparences. Mais cette passion pour la cuisine n'est-elle justement pas un symptôme archiconnu? Mais, la passion est là pour vrai. C'est vrai que j'aime découvrir, faire des expériences de saveurs, d'odeurs, etc. Je goûte et mange maintenant de façon bien plus variée qu'avant, c'est vrai aussi. Ah! C'est complexe tout ça. Je ne saisi pas systématiquement pour quelles raisons je démontre tant de réticente envers certains plats et que je ne jure que par d'autres.

Cela dit, je fais des pas. De petits pas, sinon pas de pas du tout, pour n'importe qui d'autre. De grands pas pour l'anti-ano en moi. Et des pas vachement représentatifs d'un plus grand bien-être qui se pointe à l'horizon. Des exemples? Au restaurant, j'attends mon plat qui tarde à venir; je meurs de faim et sur la table comme seule option, de moelleuses tranches de pain blanc unsafe qui me font de l'oeil. J'hésite (là, la voix du trouble), puis j'en savoure une (là, ma voix). Un grand pas pour moi qui ne me permets que du pain brun depuis le retour de mes amis les féculents. Un autre? Ce matin, une copine et moi sommes au resto. Avec un soupçon d'insatisfaction à l'esprit, je m'apprête à choisir l'éternelle et rassurante assiette de rôties au fromage. Ah! Et puis merde! 15 minutes plus tard, me voilà flanquée de deux pancakes aux pommes, cannelle et fromage. Ça, dans le jargon anti-ano, c'est ce qu'on nomme un pas de GÉANT! ÉNORME! HUGE!

Chaque fois que je franchis ces pas de géant, je m'accorde une minute de réflexion. Une minute de félicitations intérieures bien méritées. Ces occasions d'introcélébration se présentent surtout en compagnie d'autres personnes qui n'ont aucune idée de ce qui se passe, et qui comprendraient sans doute difficilement l'ampleur que je donne à ces petits bonheurs... Quoique j'ai lu beaucoup de compréhension dans les yeux de ma copine au moment de la victoire contre les pancakes de ce matin. Merci. Mais quand même, la fierté est bien à moi, et je la chéris comme le trésor dont on a tant rêvé et qu'on a trop longtemps cherché.

Posté par Alazia Poo à 19:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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